Capel se veut créatrice de valeurs pour ses agriculteurs et le territoire

Interview Pierre-Olivier Prévot, directeur de Capel

En juillet 2018, Pierre-Olivier Prévot est nommé Directeur général du Groupe coopératif Capel par le Conseil d’administration. Chef d’orchestre, il travaille aux côtés du Comité de direction et de 700 collaborateurs pour que soient mises en musique les orientations et décisions de ce même Conseil. Par son expertise, par sa proximité, par ses filières, par son lien avec l’aval, par son implication dans l’économie circulaire, Capel se veut un acteur fort du territoire.

Pour commencer est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots et nous expliquer comment vous êtes devenu Directeur Général de la coopérative Capel ?

Mon parcours professionnel, comme pour beaucoup, a été guidé par des envies et porté par des rencontres. Les rencontres, je les ai faites lorsque j’étais directeur de l’Adasea (*) du Lot entre 2007 et 2011 et donc en contact avec toutes les Organisations Professionnelles Agricoles. Et c’est vrai que j’ai eu grand plaisir à travailler avec les interlocuteurs de Capel, avec des membres de son Conseil d’administration, et avec son directeur Denis Marre. La Capel m’est apparue comme très équilibrée, modeste dans son comportement mais ambitieuse pour son territoire. Et ça, ça a résonné chez moi. Parce que mon envie, après avoir pas mal bougé, c’était de revenir vivre dans ma région et de participer à son développement (je suis originaire de Meyssac, en Corrèze). Nous avons la chance de vivre dans un territoire extraordinaire, mais il ne le restera que si des entreprises comme Capel continuent à y créer de la valeur.

Ici, tout le monde connaît Capel comme un acteur majeur du secteur agro-alimentaire, pouvez-vous nous rappeler la genèse de la coopérative et ses activités sur le territoire de Cauvaldor ainsi qu’à une plus large échelle ?

Mon président vous parlerait de ça beaucoup mieux que moi. Mais à l’origine, ce sont de petites coopératives lotoises qui se regroupent derrière un leader éclairé, Eloi Brel, pour améliorer les conditions d’achat des intrants. Après, il y a une croissance, notamment dans les années 2000, portée par la volonté de positionner Capel comme le prolongement des exploitations. D’où la diversification et l’investissement dans des filières.

Aujourd’hui, le Groupe coopératif Capel travaille sur le Lot, la Corrèze et le nord du Tarn-et-Garonne, à la valorisation de la production agricole de ses 3 200 exploitants associés coopérateurs. 700 salariés œuvrent dans ce sens au sein de deux pôles :

– Un pôle « productions animales » autour de trois organisations de producteurs : palmipèdes, bovins et ovins. Son principal outil industriel, La Quercynoise, valorise toute la production de ses adhérents producteurs de canards et d’oies.

Un « pôle distribution » : professionnelle agricole (agrofournitures, agroéquipement avec la filiale Cap Agri Quercy Services, culture et collecte, vigne avec le laboratoire Œno 46 et la filiale de prestations Cap Viti Services) et grand public (vingt-trois Gamm Vert, un Frais d’Ici et un service carburants)

La gouvernance d’une coopérative est assez spécifique, ce sont les agriculteurs et éleveurs qui sont sociétaires, cela représente combien d’exploitations agricoles aujourd’hui ? Spécifiquement sur le Lot ?                       Et y a-t-il d’autres sociétaires ?

Aujourd’hui, nous avons 3 200 exploitations adhérentes et actives, dont une grosse moitié sur le Lot. 95% de notre capital social est détenu par des agriculteurs. Le reste est détenu notamment par des coopératives voisines avec lesquelles nous avons des activités partagées.

Et oui, c’est une gouvernance très spécifique, car chaque adhérent dispose d’une voix, quel que soit son poids économique.

Aujourd’hui, qui sont vos clients ? Est-ce que ce sont uniquement des débouchés locaux ? Nationaux ?

Si Capel et l’agriculture lotoise en général s’étaient concentrées sur les débouchés locaux, le Lot ne serait pas le Lot ! C’est tout l’intérêt d’un outil coopératif : aller capter de la valeur au national (voire à l’international) pour la redistribuer sur le territoire.

Capel a été notamment très impliquée dans la démarche « Agneau Fermier du Quercy » qui est le label ovin le plus solide en France. En bovin, nous avons aussi été très engagés dans les démarches qualité notamment autour de la race limousine. Nos clients sont des abattoirs (principalement régionaux) et nous avons par ailleurs une activité export (de broutards) vers l’Italie.

Sur notre activité leader, le canard gras, la Quercynoise, est présente sur tous les réseaux de distribution avec différentes marques répondant aux attentes des consommateurs : Maistres occitans depuis plus de vingt ans en GMS et à l’international ; Clos Saint Sozy sur le circuit de la restauration, des conserveurs, des réseaux spécialisés et à l’export ; Maison Occitane, auprès des Comités sociaux et économiques d’entreprise, mairies, vente par correspondance et dans ses trois boutiques (Gramat, Rocamadour et Brive).

Le local, on le travaille notamment au travers de nos 23 magasins Gamm Vert et nos 22 dépôts agricoles répartis sur les départements du Lot et de la Corrèze.

Et quel est l’impact local qu’une coopérative comme vous a sur les agriculteurs et les consommateurs ?

Sur les cinquante dernières années, et je peux d’autant plus facilement le dire que je n’y suis pour rien, l’impact de Capel a été colossal pour l’agriculture lotoise notamment au travers de la construction de filières. C’est un héritage dont le Conseil d’administration est garant, et dont nous, salariés, sommes comptables. Notre rôle, c’est de consolider Capel comme un élément structurant, créateur de valeur, et qui par son fonctionnement coopératif (notion d’équité) permet le maintien d’une agriculture à dimension humaine et donc d’une vitalité rurale. Je vais être un peu radical, mais c’est une conviction que je vous livre : sans les coopératives, et je ne parle pas que de Capel, il ne resterait à terme que quelques grosses exploitations en capacité de vendre et de s’approvisionner durablement.

Le monde agricole fait face à de nouvelles attentes de la part des consommateurs qui remettent en cause en partie les modèles historiques de production et d’exploitation, comment faites-vous pour y répondre ?

Déjà, je pense qu’il faut bien différencier le consommateur qui est devant le journal de 20 heures et le consommateur qui est derrière son caddie. Le monde agricole ne doit pas se tromper de cible. Le consommateur qui nous intéresse, celui qui achète, a des attentes très diverses, parfois même contradictoires, et qu’il est impossible de satisfaire globalement. C’est pour ça que nous segmentons l’offre.

Ceci étant dit, comme nos adhérents, nous sommes bien conscients que les lignes bougent, et bougent vite. Alors dans un monde en constante mutation, nous veillons à être agiles dans nos process et en constante amélioration sur les enjeux qui relèvent modestement de notre responsabilité : la qualité intrinsèque du produit, le bien-être animal, le respect de l’environnement, la réalité d’un fonctionnement coopératif.

En amont, on travaille par exemple le bien-être animal chez nos producteurs palmipèdes, au travers de la démarche « PalmiGconfiance », qui les guide pour la conduite de leur élevage.

En matière de qualité et de sécurité alimentaires, au-delà du réglementaire, toutes nos filières concernées sont impliquées dans des démarches exigeantes. En ovin et bovin, nous travaillons principalement des productions sous signes officiels de qualité Label rouge (et Agriculture biologique), les démarches HACCP et Bleu-Blanc-Cœur ; céréales et nutrition animale sont également placées sous certifications garantissant la qualité sanitaire et la traçabilité des marchandises mises sur le marché.

Dans le domaine environnemental, nous recyclons 50 000 tonnes par an de déchets (déchets d’abattoir, lisiers de nos producteurs) grâce au méthaniseur BioQuercy à Gramat, pour une valorisation sous forme de chaleur et de fertilisants (en substitution d’engrais de synthèse). En palmipède et bovin, nous développons une production de miscanthus pour assurer à nos élevages une ressource locale de paillage. En agrofournitures, nous mettons en place deux fois par an des opérations de récupération de plastiques agricoles usagés et autres bidons et big bag.

Comment avez-vous géré les différentes crises qui ont touché l’agro-alimentaire récemment et aujourd’hui quel est l’impact de la crise inflationniste sur la coopérative ?

La Capel, comme toutes les entreprises, a toujours eu des crises à gérer. Ce n’est pas nouveau, c’est simplement plus fréquent. A tel point que la gestion de crise est devenue un élément à part entière de notre mode de fonctionnement. Nos budgets intègrent ce risque et des provisions ont été constituées notamment en 2021. Nous avons une gouvernance très impliquée, capable de se mobiliser en urgence, et de décider en temps réel des orientations. Nous sommes par ailleurs sur des organisations légères avec une pyramide managériale très resserrée, de telle sorte que les décisions sont prises et déployées rapidement. Et c’est vrai qu’on a surtout la chance d’avoir des équipes très mobilisées.

L’inflation pour Capel, c’est un chiffre : 8 millions d’euros de charges en plus en 2022 par rapport à 2021, soit à peu près 3 fois notre résultat. Le défi fut colossal, mais nous l’avons relevé.

Quels sont les grands défis pour Capel dans l’avenir ?

Maintenant que Capel est à nouveau sur un rythme de rentabilité durable, le conseil d’administration attend de nous qu’on ancre de manière plus solide la valeur ajoutée agricole de notre territoire. Pour être plus clair : il faut enrayer la baisse de production. C’est une réalité, on n’en perçoit pas encore les conséquences directes, mais ça peut rapidement devenir très douloureux pour un département comme le Lot. Parce-que là, on parle d’emplois, de tourisme, de vitalité rurale…

Et Capel a un rôle à jouer, tant sur les conditions de travail que sur la rentabilité de l’activité, qui sont les deux freins au renouvellement des générations. Donc mieux valoriser les animaux que nous achetons aux éleveurs (ovins, bovins, palmipèdes), minimiser nos coûts d’intermédiation, déployer des schémas de production innovants, développer la performance technique et économique et accompagner les transformations de pratiques notamment en lien avec le changement climatique.

Et il y a évidemment le projet que nous avons sur La Quercynoise, qui sera structurant pour la coopérative. Nous avons là une filière d’excellence, avec des éleveurs extrêmement engagés, et des équipes compétentes et efficaces qui créent de la valeur. Il faut maintenant construire un outil industriel à la hauteur de tout ça.

(*) Association départementale d’aménagement des structures des exploitations agricoles

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